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vendredi 12 mars 2010
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devenir la mère de sa mère
mercredi 09 janvier 2008
par Isabelle Palacin

Pas facile de voir sa mère s’enfoncer dans le grand âge et devenir psychiquement ou physiquement dépendante. Pourquoi? Comment faire face?
Rencontre avec Claudine Badey-Rodriguez, psychologue spécialisée en gérontologie.

Devenir la mère de sa mère
A LIRE

Claudine Badey-Rodriguez avec Rietje Vonk,

Quand le caractère devient difficile avec l'âge, aider nos parents sans se laisser dévorer,

éd. Albin Michel, 7,60€

« Je me sens devenir comme la mère de ma mère. Je l’aide à manger, à se laver. Elle me demande sans arrêt ce que je fais, où je vais, quand je vais revenir. C’est épuisant, j’ai de plus en plus de mal à supporter autant physiquement que moralement. » Lorsque sa mère a été diagnostiquée Alzheimer, Géraldine, 62 ans, n’a pas hésité à la prendre chez elle, dans la chambre d’ami de son pavillon de la banlieue sud de Paris. Pour elle c’était naturel, d’autant que, divorcée, elle vivait seule depuis le départ de ses enfants. Mais, depuis un an que dure cette situation, ce vase clos devient de plus en plus pesant. Au point qu’elle envisage, non sans une immense culpabilité, l’entrée de sa mère en établissement spécialisé.

Mère modèle et mère-miroir

L’expérience que vit Géraldine, partagée par nombre de baby-boomeuses, est difficile à bien des égards. En premier lieu, bien sûr, parce que s’occuper d’une personne âgée dépendante, quels que soient les liens que l’on entretient avec elle, demande beaucoup de temps et d’énergie. Ensuite, comme le souligne Claudine Badey-Rodriguez, « ces femmes font souvent partie de ce que l’on appelle la génération « sandwich » qui doit s’occuper à la fois de ses parents vieillissants et de ses petits-enfants. Alors qu’elles pensaient pouvoir enfin s’occuper d’elles, elles sont prises dans une course contre la montre et dans des choix douloureux : à qui donner la priorité ? »

A cela, viennent s’ajouter, toutes sortes d’émotions et de sentiments, parfois inconscients, issus de l’histoire singulière qui, depuis son premier souffle, unit toute fille à sa mère.

Une histoire faite d’amour dévorant, de haine féroce plus ou moins inconsciente, de rivalité, d’identification. La petite fille se construit en tant que femme par référence au modèle maternel. Dès lors, « voir sa mère vieillir amène à se projeter dans son propre avenir. Si le vieillissement est serein, heureux, tout va bien, mais lorsqu’il s’accompagne de dépendance, alors on peut ressentir beaucoup d’angoisse, que l’on ne s’avouera pas forcément. » note Claudine Badey- Rodriguez.

Quand les vieux conflits "remontent"

Dans la relation entre la fille et la mère âgée peuvent affleurer aussi des conflits archaïques refoulés depuis la petite enfance. « Lorsque la mère vieillit, devient plus fragile, ou même dépendante, la dynamique familiale se trouve bouleversée, alors peut ressurgir tout ce qui n’a pas été réglé de son enfance ou de son adolescence. Ainsi, la quête éperdue de l’amour qu’on pense avoir insuffisamment reçu, conduit certaines filles à en faire toujours plus en espérant enfin recevoir la reconnaissance qu’elles attendent depuis si longtemps. Le plus souvent, il faut le souligner, cela se rejoue sur le mode inconscient ». Ce bouleversement familial touche également parfois les relations entre les frères et sœurs. « Je me suis brouillée avec ma sœur qui à la fois ne voulait pas voir le cancer qui emportait maman et la diminuait beaucoup et en même temps me reprochait d’être trop près d’elle. Elle a toujours pensé que j’étais la préférée et là, c’est tout juste si elle ne m’accusait pas de « fayoter » comme lorsque nous avions dix ans », se souvient Blandine.

Autre problématique rencontrée par celles qui s’occupent de leur mère : les troubles de l’humeur. « Beaucoup doivent faire face à une mère désagréable, jamais contente, jalouse en fait de la jeunesse de leur fille et qui, dès lors, prendra à malin plaisir à la critiquer. C’est très dur à supporter. » Le pire étant lorsque, à cause d’une maladie d’Alzheimer par exemple, la mère ne reconnaît plus sa fille. « C’est tragique, car ce sont les parents et particulièrement qui nous inscrivent dans notre histoire, dans la filiation. Lorsqu’ils ne nous reconnaissent plus, nos propres repères s’en trouvent bouleversés.»

Connaître ses limites et se confier

On le voit, rien n’est simple dans les relations lorsque la fille se trouve en position de devenir la mère de sa mère, de prendre, en quelque sorte sa place. Dans ces circonstances, les sentiments deviennent vite ambivalents, oscillent entre la tendresse, la quête éperdue de l’amour de sa mère, le sentiment de devoir, la peur d’être jugée par les autres, l’agressivité, l’agacement.

« Il est important de souligner qu’il s’agit là de réactions extrêmement banales. Il faudrait que les femmes qui s’y trouvent confrontées puissent en parler, à un psy, à un travailleur social, ou dans un groupe de parole d’aidants. En se donnant le droit d’éprouver ces sentiments ambivalents, elles gagneraient en sérénité et les rapports avec leur mère seraient allégés », insiste la psychologue. Une démarche qui permet aussi d’être au clair avec ses propres limites et de savoir à quel moment on peut s’autoriser à confier notre maman à autrui, sans trop de culpabilité.

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