Pas toujours facile d'accepter de se faire aider? Il faut lutter contre l'apathie et retrouver les joies du lien social.
Edition 2008
Prix : 19,90 €TTC
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Lorsque Monique nous a été signalée, raconte Chantal Hervé, responsable du Clic (Centre local d’information et de coordination gérontologique) de Nanterre, elle vivait seule, ne se lavait plus, ne faisait plus le ménage, ne sortait plus ses chiens qui avaient fait leurs besoins partout. Nous avons organisé une hospitalisation, fait nettoyer son appartement, mis en place une aide ménagère ; nous l’avons emmenée chez le coiffeur, l’esthéticienne, nous avons alerté les Petits frères des pauvres qui sont venus la voir régulièrement. Il lui a fallu un an pour remonter la pente. Depuis, elle va bien, vit de nouveau chez elle, accepte désormais l’aide que nous mettons à disposition.” Ce cas extrême montre bien dans quel dénuement peuvent se retrouver des personnes isolées qui, progressivement, se laissent glisser et perdent l’envie d’être aidées.
apathie“Il arrive un moment, poursuit Chantal Hervé, où lorsque l’on vieillit sans personne à ses côtés, on s’enfonce dans une espèce d’apathie. Ceux qui vivent cela ne se sentent même pas mal, pas malheureux, mais ils n’ont plus le ressort de prendre soin d’eux, d’aller vers les autres pour demander de l’aide. Ils se disent à quoi bon ? pour qui se faire beau ou belle ?”
Tout le travail des services sociaux, des associations consistent alors en une re-narcissisation. Très doucement, au rythme de la personne âgée, sans brusquer les choses, il faut lui montrer qu’elle a encore de la valeur, qu’il est important de s’occuper de soi, qu’ainsi on peut de nouveau nouer des contacts, avoir une vie sociale. “C’est long, cela réclame de la patience, car il ne faut jamais rien imposer, et beaucoup d’écoute et d’amour…”
déni de la maladieL’isolement est également le lot des aidants – souvent le conjoint ou la fille de malades dépendants. Ils s’épuisent dans des soins quotidiens pour lesquels ils pourraient se faire assister. Certes, le manque d’informations est quelquefois à l’origine de cette solitude : on ne sait pas très bien où s’adresser, on a peur que les aides coûtent trop cher. Pourtant, il existe bien d’autres raisons, plus ou moins conscientes, à l’isolement des accompagnants.
“Très souvent, il s’agit d’un déni de la maladie. L’aidant ne veut pas reconnaître que son conjoint est atteint, ou se dit que ce n’est pas grave au point de ne pouvoir le prendre en charge seul”, explique Jacques Pibouleau, 71 ans, de l’association France Alzheimer de Brest, responsable de séjours de vacances pour les malades et leurs aidants. De plus, lorsqu’il s’agit de couples, ils ont derrière eux quarante ou cinquante ans de mariage. Pour eux, s’occuper de leur mari ou de leur épouse, c’est une preuve d’amour. Ils se sacrifient pour l’autre.” Un mot qu’il convient de prendre au pied de la lettre tant sont nombreuses les pathologies – dépression, épuisement – observées chez les aidants.
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“La professionalisation est une bonne chose” Infirmière, kinésithérapeute, auxiliaire de vie… Les soins à domicile n’ont plus de secret pour Bernard depuis qu’il s’occupe de sa mère, 79 ans, opérée d’un anévrisme très grave. Après plus de quatre mois d’hospitalisation, elle a pu rentrer chez elle grâce à l’intervention quotidienne d’aides à domicile et de personnels médical et paramédical. Pour qu’elle soit prise en charge sept jours sur sept, Bernard fait appel aussi bien au réseau associatif qu’à des entreprises privées. Mais il reproche au système associatif d’être moins regardant sur le mode de recrutement du personnel. “La stabilité : un critère déterminant” Philippe est devenu tétraplégique à la suite d’un accident, il y a une quarantaine d’années. Il a appris à vivre avec son handicap grâce à l’aide de sa femme, qui reste aujourd’hui la mieux formée et placée pour s’occuper de lui. Mais, en vieillissant, sa fragilité s’est accentuée, nécessitant l’intervention de personnes extérieures pour décharger son épouse. Il confesse, mi-amusé, mi-agacé, avoir “des tas d’histoires cocasses” à raconter sur les nombreuses aides qui se sont présentées chez lui. Son handicap nécessite des soins très spécifiques et une logistique adaptée auxquels les intervenants sont peu habitués. Le turn over des aides est le principal problème qu’il rencontre : vacances, retour au pays, disparition sans raison… Le système mandataire lui a joué de mauvais tours. |
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