On prend son temps, on fait les courses et les hommes s’y mettent !
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Faire la cuisine, c’est le plus formidable des antidépresseurs !”, s’enthousiasme Marie-Claire Chain, 76 ans, membre de l’École des grands-parents européens (EGPE). Pourtant, avec l’âge, nous perdons souvent l’envie de cuisiner et de recevoir. Le diktat des régimes, la chasse aux calories, les risques alimentaires nous maintiennent dans un rapport de culpabilité avec la nourriture alors que manger devrait toujours être associé au plaisir : les bonnes choses ne s’apprécient pas tant dans la quantité que par la qualité…
Éloge du marché“Avoir une relation harmonieuse avec la nourriture est essentiel. Cela demande de prendre le temps de choisir les produits qui nous plaisent, de les cuisiner et de les déguster”, explique Ségolène Lefèvre, historienne de l’alimentation, membre de Slow Food (nourriture lente), un mouvement international qui défend le droit de bien manger, la culture des terroirs et la lenteur comme antidote à la frénésie alimentaire. Pour retrouver l’envie de cuisiner et le plaisir de manger, le premier réflexe est de préférer l’étal du marché à celui du supermarché. “Mon vendeur de fruits et légumes propose des produits récoltés dans son jardin. Chaque fois que j’y vais, c’est l’occasion d’échanger des idées de recettes, des astuces… Il m’arrive même de faire des rencontres très sympathiques avec d’autres clients”, confie Ségolène Lefèvre. Les courses sont un moment fondamental car elles participent à l’envie de cuisiner. Marie-Claire Chain peut faire sept à huit magasins différents pour trouver un bon parmesan pour un risotto ou des girolles fraîches, mais elle ne renie pas non plus les grandes surfaces et les surgelés de qualité, qui peuvent être très savoureux en association avec des produits frais.
Gourmandise et légéretéInventée au XIXe siècle, la “cuisine bourgeoise” a marqué des générations entières. “Elle a été créée pour des gens qui voulaient montrer leur richesse par la nourriture. N’oublions pas que pendant des siècles, les « gros » étaient les riches”, explique l’historienne.
Aujourd’hui, les bases de cette cuisine doivent être allégées et surtout associées à d’autres habitudes alimentaires : plus de fruits frais, des légumes crus, moins de viande et moins de graisse. Dans la profusion de produits industriels qui nous sont proposés, nous avons aussi tendance à oublier que ce sont les saisons qui rythment notre alimentation. Des mouvements comme Slow Food ou l’Université populaire du goût, créée par le philosophe Michel Onfray dans l’Orne, ont pour objet de faire redécouvrir la variété des aliments. Bien se nourrir, c’est aussi manger en famille ou entre amis, car les repas sont un moment d’échange et de partage. “Mais quand on se retrouve à deux ou même seul, cela ne doit pas nous empêcher de dresser une jolie table, de prendre le temps de s’asseoir et surtout d’éteindre la télévision”, recommande Ségolène Lefèvre. Des études comportementales récentes ont démontré que la télévision allumée pendant le repas poussait le téléspectateur à manger davantage, simplement par distraction et sans réel plaisir…
Du bon, du beau, du bio
D'apès le baromètre Agence Bio/CSA, plus de quatre Français sur dix consomment des produits “bio”, issus d’une agriculture naturelle, c’est-à-dire sans engrais ni pesticides, estampillés du logo AB. Longtemps réservé à une clientèle de consommateurs aisés et urbains, le bio est aujourd’hui plus accessible, même si ses prix restent toujours 15 à 20 % supérieurs à ceux d’un produit “normal”. Mais la grande révolution du bio, c’est l’esthétique : critiqués pour leur apparence peu avenante, les produits bio sont plus beaux et inspirent même la cuisine gastronomique. Le chef lyonnais, Alain Alexanian, a ouvert en 2004 Le A. (prononcez “A point”), un concept de restauration rapide totalement bio aux prix très doux.
Fourneaux, les hommes s’y mettent aussi...
Si les chefs étoilés sont surtout des hommes, la cuisine au quotidien reste l’apanage des femmes. Un constat qui agace Alex Miles, franco-américain, cuisinier et sociologue : “Je connais des chefs d’entreprise qui ne savent même pas cuire un oeuf ! Mais la tendance est en train de s’inverser pour une raison très simple : les femmes adorent les hommes qui cuisinent !” À la retraite, les hommes n’ont plus l’excuse de leur travail, des horaires impossibles… Ils ont alors le temps de se mettre aux fourneaux et ils y trouvent de grandes satisfactions : “Les hommes que j’ai interviewés pour mon livre sont tous motivés par leur propre plaisir avant de penser à celui de leurs invités.” Incorrigibles égoïstes !
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