Passé l’âge de la retraite, les hommes seuls sont moins nombreux que les femmes en situation comparable. Chanceux, ces messieurs si convoités ? Voire. Trop exposés au désir féminin, ils pourraient bien nourrir quelques angoisses.
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L'oiseau rare ? Un homme de plus de 50 ans, mesurant plus d’un mètre soixante-dix, d’un niveau social correct. Si vous correspondez à cette description, en une semaine vous aurez trouvé une compagne”, affirme sans hésitation Zamira Girod de l’Ain, directrice d’une agence matrimoniale. Son portefeuille de seniors célibataires masculins est si maigre en comparaison de la demande féminine qu’elle est même prête à offrir des réductions aux hommes décidés à s’inscrire dans son établissement (lire encadré page suivante). Il faut dire que les statistiques sont claires : si jusqu’à la tranche des 45-59 ans, on trouve encore presque autant d’hommes que de femmes seuls, passé 60 ans, les “seniorettes” sont deux fois plus nombreuses à vivre en solo. La situation pourrait donc s’avérer idéale pour les papyboomers qui n’auront jamais été autant courtisés. “Depuis que j’ai commencé à surfer sur les sites de rencontres, je suis étonné du nombre de réponses que je reçois, s’extasie François, 62 ans, veuf depuis presque deux ans. Je n’aurais jamais imaginé cela.” Un succès qui fait parfois tourner la tête au point que certains snobent les femmes de leur génération. “Un tiers environ reste raisonnable et recherche une compagne dans la même tranche d’âge, constate Zamira Girod de l’Ain. Les autres, sur la fiche de souhaits que nous leur remettons, cochent la tranche des 30-40 ans.”
DES FEMMES TROP EXIGEANTES ?
Toutefois, l’expérience s’avère souvent décevante. “Les rythmes de vie, les envies ne sont pas toujours en adéquation. Quand la jeune femme a envie de sortir, de bouger lui est plus casanier, quand elle rêve d’un bébé, lui hésite car il est déjà grand-père…” Cependant, les relations avec les femmes de même génération ne sont pas forcément simples. Passé 45 ans, en effet, la gent féminine devient exigeante. Si, comme c’est majoritairement le cas, elle a choisi de quitter son ancien compagnon, la dame est bien décidée à ne pas sacrifier son indépendance à ses rêves d’épaule accueillante. Elle est partie parce qu’elle attendait plus et mieux d’une relation amoureuse. Or, cette attente est déstabilisante pour des hommes qui se sentent en situation d’examen permanent et s’inquiètent de ne pas être à la hauteur. C’est que les hommes, eux, malgré leur avantage numérique, ne rêvent pas forcément de conquêtes donjuanesques mais de cocooning. Comme le constate Aymeric Léger, gérant du site www.easyflirt.com, numéro deux des rencontres en ligne, plus ils avancent en âge, plus les messieurs sont sérieux.
ENVIE DE COUPLE
“Jusqu’à 60 ans, les hommes vont davantage vers les annonces coquines, ensuite, ils sont plus nombreuxà rechercher vraiment la stabilité.” C’est le cas de François : “Moi, je cherche avant tout une relation de confiance, une amitié amoureuse. Vous savez, je m’entendais très bien avec mon épouse. Je ne pense pas que je retrouverai une relation aussi forte. Mais il faut être clair, je n’ai pas non plus envie de finir ma vie tout seul.”
INTERVIEW
La situation des seniors seuls est-elle vraiment enviable ?
Je crois qu’il convient tout d’abord de resituer le problème : qui est seul à 60 ans et plus ? Le plus souvent, il s’agit d’hommes veufs ou divorcés, donc blessés – même en cas de divorce car, majoritairement, ce sont les femmes qui demandent la séparation. On ne peut donc pas parler de leurs projets de vie sans parler de ces blessures qui les fragilisent. Or, d’autres facteurs vont venir renforcer cette vulnérabilité.
Lesquels ?
Le premier, c’est la sincérité (ou le manque de sincérité) des femmes qui, pour certaines, recherchent plus la sécurité matérielle que l’amour. Je reçois beaucoup de patients âgés déstabilisés par cette demande à laquelle ils ne sont pas préparés. Le second facteur, c’est la médicalisation à outrance de la relation sexuelle. Je fais notamment référence à la communication de nombreux laboratoires pharmaceutiques spécialisés dans les troubles de l’érection : leurs discours, leurs campagnes de publicité veulent faire croire que, aidé par quelques médicaments, on peut être performant à n’importe quel âge et qu’une relation amoureuse doit obligatoirement se traduire par un coït. Non seulement cela est faux mais, en plus, ces affirmations péremptoires jettent les hommes dans une grande angoisse. Ils ont l’impression d’être contraints à la performance et rien n’est plus inhibant.
Pourtant, être courtisé, n’est-ce pas très flatteur et valorisant ?
Si, bien sûr, mais à condition d’être certain de pouvoir être à la hauteur du désir de l’autre et ce n’est pas du tout évident pour beaucoup d’hommes de plus de 60 ans. À n’importe quel âge, une femme peut retrouver sa vitalité sexuelle, même après une longue période d’abstinence. Un homme, lui, fonctionne différemment. Si, entre 40 et 50 ans, son désir n’a pas été entretenu par des relations intimes satisfaisantes et régulières, s’il vient de passer plus d’un an dans un grand désert sexuel, alors il lui sera impossible de satisfaire une partenaire dès la première rencontre. Il devra d’abord miser sur une relation platonique, partager des moments de tendresse, des activités culturelles, puis progressivement, doucement, il pourra envisager de faire l’amour. C’est à ce moment charnière qu’une consultation de sexologie peut être utile : afin de savoir, en fonction de son passé sexuel, à quoi l’on peut s’attendre.