Des enfants qui font leurs devoirs, surveillés du coin de l’oeil par des personnes âgées attendries qui ne sont pas du tout leurs grands-parents… L’intergénérationnel, tout le monde en rêve. À côté de Dijon, le quartier Générations l’a fait. Reportage.
REPÈRES
Générations
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Les expériences intergénérationnelles se multiplient, récompensées par le prix “Vieillir en France”. À Ajaccio, le Café de la fraternité, géré par des retraités bénévoles, accueille des lycéens pour échanger et se faire aider. À Metz, un atelier intergénérationnel réunit, autour d’un projet de contes, personnes âgées et enfants en difficulté.
ÀSaint-Apollinaire, près de Dijon, ce petit lotissement d’un hectare, avec ses trois longs immeubles bordant la place centrale, semble a priori banal. On y croise des couples avec enfants et des personnes âgées… Mais ce n’est pas tout à fait un hasard si David, 29 ans, habite dans le même immeuble qu’Odette, 77 ans. Tous deux ont accepté de participer à une expérience inédite de convivialité, orchestrée par la municipalité. Ici, à Générations, l’intergénérationnel est à l’oeuvre au quotidien. Il va lui chercher sa bonbonne de gaz, elle le dépanne en cannettes de coca… “Je n’avais aucune expérience des vieux, raconte le jeune homme. Ici, on a l’impression d’habiter dans un village. Les gens ont des rapports amicaux. Je n’aide pas Odette parce c’est une vieille dame, mais parce que c’est une amie.” Le ton est donné : “L’intergénération ne se décrète pas, elle se crée, se vit.” C’est la devise du quartier. Gérontophobes, s’abstenir ! À Générations, on croise des personnes âgées, dont certaines atteintes de la maladie d’Alzheimer, d’autres en fauteuil roulant. Personne ne s’en offusque. Ici, 150 personnes vivent dans des logements sociaux répartis à parts égales entre retraités et jeunes couples avec enfants en bas âge.
“Pour créer un lien entre ces générations, il faut d’abord un solide projet d’urbanisme”, explique P i e r r e - H e n r i Daure, directeur des établissements de la Fédération dijonnaise des oeuvres de soutien à domicile (FEDOSAD). En 1995, quand Michel Thiry, son président, a l’idée de créer un quartier intergénérationnel à Saint-Apollinaire, dans la banlieue de Dijon, il cherche à remédier à une situation absurde. “D’une part, le vieillissement de la population réclamait des conditions de vie et des logements plus adaptés pour les personnes âgées. D’autre part, l’absence de logement social et la limitation des possibilités d'accueil pour la petite enfance décourageaient l’installation des jeunes couples. La convergence de ces deux besoins et l’existence d’une parcelle de terrain inoccupée dans le quartier du Val Sully ont été le point de départ du projet Générations”, poursuit-il.
En route pour le “tour du propriétaire” ! Le Point accueil, un bâtiment avec de larges baies vitrées, où l’on voit entrer et sortir des gens de tous âges. C’est le pôle d’attraction du quartier, animé par Yvette Bourlet, la coordinatrice de Générations. Tous les habitants la connaissent. Tour à tour confidente, psychologue ou animatrice, elle assure aussi la liaison entre les activités gérées par la FEDOSAD et les animations communales. C’est un peu la mémoire du quartier. “Il faut être assez humble quand on démarre et ne pas se voiler la face. Les retraités sont beaucoup plus demandeurs que les jeunes !” Il n’y a pas d’adolescents parmi les habitants de Générations. “C’est une volonté, car les adolescents ne sont pas toujours faciles à vivre. Nous les associons à des projets comme la fresque murale ou les karaokés. En général, ils sont assez partants et viennent en groupe !” Cette tranquillité est un des attraits de Générations pour les retraités. Maryse, 67 ans, reconnait qu’elle est venue habiter ici parce qu’elle s’y sent en confiance. Serge et Marie- Jeanne ont vendu leur maison de Saint- Apollinaire, trop inconfortable, pour louer un appartement en rez-de-chaussée. Ils sont ravis et reconnaissent que les liens entre voisins se tissent facilement, “surtout grâce au système de téléphonie interne, qui permet de contacter tous les locataires du quartier sans passer par les Télécoms. Quand on a commencé à l’utiliser, on ne peut plus s’en passer !”, s’enthousiasme Marie-Jeanne.
Les activités intergénérationnelles portent petit à petit leurs fruits.
Pierre-Henri raconte qu’il a pris conscience de l’entraide entre voisins avec les petites unités de vie. “Nous avons donc demandé aux jeunes locataires de nous aider : quatre personnes se sont spontanément portées volontaires pour faire des gardes de nuit. Ces coups de mains n’auraient pas pu se faire ailleurs.” Le domicile collectif est situé à la pointe d’un des immeubles. Les pensionnaires ont en moyenne 85 ans. Une jeune femme pétillante aide une dame un peu endormie à finir son assiette. Elle s’appelle Estelle et travaille ici depuis trois ans, comme aide médico-psychologique: “Nous sommes un lien important entre les enfants et les résidents. Les petits de la haltegarderie passent très régulièrement, ils apportent un dessin. Les enfants arrivent avec leurs jeux, on leur lit des contes et ils chantent avec les résidents.” Depuis décembre, un accueil de jour pour malades d’Alzheimer a ouvert ses portes. À l’image du domicile collectif, c’est un beau lieu, avec de grands volumes et une décoration design.
À Générations, le regard des habitants sur la grande dépendance a changé. Ce n’est pas la Cité du bonheur, mais le quartier a du succès. En témoigne la liste d’attente de demandeurs auprès de l’OPAC, l’organisme logeur. Pourquoi n’existe-t-il pas plus de Saint-Apollinaire ? Son coût n’est pourtant pas exorbitant. Malgré tout, Yvette et Pierre-Henri sont confiants : les meilleurs ambassadeurs de Générations sont ses anciens habitants, quand ils partent s’installer ailleurs !