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maison de famille: mode d’emploi
lundi 10 mars 2008
par La rédaction Senior plus

Calendrier de passage, attribution des chambres, horaires : témoignages et conseils pour vivre en bonne harmonie.

maison de famille: mode d’emploi
À CONSULTER

Tous les trucs, pièce par pièce et moment par moment, pour vivre en bonne entente.

www.magicmaman.com

À LIRE
  • Cuisine et dépendances affectives.

Maryse Vaillant, Judith Leroy

Un éclairage psychologique et des conseils pratiques pour comprendre les grands principes de l’alimentation et ses enjeux familiaux.

éd. Flammarion, 16€

À VOIR

Pleins d’amour, de haine, de petites histoires et de grands secrets, les repas de famille inspirent les réalisateurs.

  • Un air de famille (1996)

Cédric Klapisch

Chez les Ménard, il y a le fils grincheux, la fille perdue, le chien paraplégique, la belle-soeur bêtasse…

  • La bûche (1999)

Danièle Thompson

Ou comment une fête de Noël se transforme en règlement de comptes familial.

  • Les Marmottes (1993)

Élie Chouraqui

Les déchirements drôlatiques d’une famille recomposée, bloquée par la neige dans un chalet de montagne.

Il y a ceux qui ne veulent pas faire deux repas par jour et ceux qui profitent de leurs vacances pour se faire plaisir et cuisiner. Ceux qui se lèvent à 13 heures et ceux qui, vers 7 heures du matin, sirotent leur café en lisant les journaux. Ceux qui font la sieste et ceux qui se couchent avec les poules, ceux qui… La liste est infinie des modes de vie de chacun qui prennent tout à coup un nouveau sens dans une maison de famille. Faut-il passer son été à gérer de potentiels conflits ou limiter la casse en établissant quelques règles simples ?

À Souvigny, dans l’Allier, la famille Germain a depuis longtemps choisi son camp. Sans que rien ne soit explicitement formulé : “Mon fils Christian et sa famille, lève-tôt et sportifs, viennent de préférence avec ma fille Béatrice et sa famille, qui ont le même mode de vie”, raconte Colette, 70 ans. Les célibataires sans enfant sont implicitement priés de venir à un autre moment.” Et quand les uns ou les autres ont envie d’aller dans la maison de famille sans personne d’autre, rien de plus simple qu’un petit e-mail circulaire. “J’aimerais aller à Souvigny avec des amis du 4 au 10 septembre, est-ce possible ?”

tirage au sort

Chacun répond et, le plus souvent, tout s’arrange. Autre tactique pour Bernard, 55 ans, qui vient de terminer les travaux dans “sa” maison de famille, achetée récemment dans l’Aveyron. “Je considère que c’est mon rythme de vie qui doit être respecté. Ceux qui dorment à midi, ils ne déjeunent pas, voilà tout !” Et tant pis pour les parents du nouveau-né qui n’ont pas dormi de la nuit… L’attribution des chambres est une autre partie de casse-tête. Certaines chambres sont mieux que d’autres, les unes ont une salle de bains, pas les autres, les unes donnent près des toilettes, les autres sur la campagne, les unes sont fraîches et pour le bébé, c’est important… Le tirage au sort a réglé la question, chez les Guibert, à Perros-Guirec. Chaque année, une nouvelle attribution est faite, avec possibilité d’échanger entre parties consentantes. Mais à Marsanne (Drôme), la famille Sainjean n’a toujours pas trouvé la solution parfaite. Si la chambre de la grand-mère reste un terrain neutre – interdiction absolue de l’occuper en son absence –, les quatre autres chambres, attribuées à l’origine aux quatre enfants de la première génération, se partagent désormais entre les quatre enfants et les neuf petits-enfants. Fini le temps des placards où l’on laisse ses affaires avec de bonnes chances de les retrouver au prochain séjour. Les crèmes disparaissent, les petites culottes aussi. Tout comme les oreillers qui, curieusement, semblent se volatiliser. “Je laisse maintenant un mot après chaque passage, raconte Sophie, 50 ans et mère de trois adolescents, mais c’est sans effet.”

une maison pour apprendre à vivre ensemble

"J’ai longtemps cherché à organiser, pendant l’été, les allées et venues des uns et des autres, raconte Marie, 80 ans. Et puis, finalement, je me suis dit que c’était à chacun de prendre ses responsabilités. Alors, depuis quelques années, je laisse au hasard les cohabitations entre les membres de la famille qui vivent dans tous les coins de la France. Et il y a des surprises : ceux qui ne s’entendaient pas du tout se découvrent des points communs, d’autres non, mais finalement, la maison de famille est un lieu unique pour nourrir les relations familiales, dans tous les sens !”

Chants, pêche, famille et traditions. Voilà les ingrédients des repas estivaux de Paulette, 84 ans. De juin à septembre, elle tient table ouverte, dans sa maison du cap Gris-Nez (Pas-de-Calais), pour ses quatre enfants, treize petits-enfants et douze arrière-petitsenfants. “Les femmes cuisinent le poisson que les hommes ont pêché. On mange en fonction des heures de marée et on chante à la fin du repas… C’est bon de se retrouver !” À l’heure où les tribus se recomposent, “on éprouve le besoin de se compter, de penser aux disparus et d’accueillir les nouveaux, note la psychologue Maryse Vaillant. Le repas est le moment idéal pour souder un clan : rompre le pain, c’est pactiser.” Et pour avoir la paix… préparons la guerre ! À la table de Maryse, sexagénaire toulousaine, qui retrouve les siens chaque mois de juillet dans les Landes, l’incident diplomatique n’est jamais loin du sel. “On est des fortes têtes ! résume-t-elle. Ça me rend folle de voir ma belle-fille se laisser déborder par son fils. Elle lui court après pour le nourrir. Insupportable !” Dans une autre famille, alsacienne, la ripaille tourne toujours à la foire d’empoigne après le digestif, quand l’idée prend le grand-père, ex-résistant, de donner des leçons d’histoire à son beau-frère, ex-collaborateur… Politique, terrain miné ! Et Juliette, 30 ans, commence à fatiguer de voir sa grand-mère “tout gérer” dans la maison de Corrèze où se retrouvent, au mois d’août, neveux et petits-cousins. “Elle veut passer à table à 13 heures : c’est beaucoup trop tard pour mes enfants en bas âge ! Je me fais la réflexion chaque année.” Et chaque année, Juliette promet de revenir l’été suivant. Famille, je vous "haime" !

Trois questions à François de Singly, sociologue au CNRS

Pourquoi y a-t-il des tensions en famille ?

Quand on retrouve ses parents dans une maison pleine desouvenirs, on a tendance à rejouernotre enfance. Pas facile pour les conjoints de trouver leur place dans ce schéma. De plus, chaque sujet de conversation, qu’il soit politique, culturel, etc., risque de marquer à table les clivages générationnels.

Quel est le secret d’une réunion réussie ?

Il faut que ce soit cool : autour d’un barbecue, chacun choisit sa place et sort de table quand il le veut. Sil’on commence à vouloir mettre une nappe, on court à la catastrophe !

Finalement, à quoi servent les repas de famille ?

À resserrer les liens, à réaffirmer l’affection que chacun porte au groupe. C’est en somme l’équivalent des cartes postales. Peu importe ce qu’on y écrit, elles veulent toutes dire la même chose :“Je pense à toi.”


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